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La Véme république, plus qu’une histoire : un héritage à préserver
Alors qu’elle fêtera son cinquantième anniversaire, son texte fondateur fera l’objet de la plus grande révision de son existence. A ce titre, le Congrès devrait très prochainement adopter une loi constitutionnelle sur la base du rapport proposé par le Comité de réflexion et de proposition sur la modernisation et le rééquilibrage des institutions, présidé par E.Balladur, pour « une Véme République plus démocratique ».
Cette réforme, plus que nécessaire, semble aujourd’hui indispensable. Alors que la sagesse nous l’enjoint, la probité nous l’ordonne. Tout système juridique est substantiellement lié et déterminé par le caractère sociable des hommes. Le droit, par essence, est étranger à la Nature. A l’aube de notre ère, il était inexistant. Pour cause, il est le produit de l’intelligence humaine et de la raison universelle. Il résulte d’une pure opération intellectuelle faisant appel à des schémas mentaux. Dans cette dimension, le droit apparaît sensiblement tributaire des mutations sociales.
La Constitution n’y échappe pas. Bien au contraire. Sa nécessaire mutabilité est d’autant plus forte qu’elle conditionne sa longévité. Les Etats-Unis ont su préserver leur Constitution originelle par l’art des révisions. Depuis 1958 le monde a changé, les mentalités ont évolué, les esprits se sont davantage illuminés et les exigences de la morale politique se sont accrues. Or la puissance d’un pays n’est-elle pas de savoir innover « quand la plus funeste des innovations serait, pour ainsi dire, de ne pas innover »1 ? Et la Grandeur d’une Nation ne passe-t-elle pas par la conformité de sa conduite avec sa suprême et perpétuelle Convention ?
La réponse est aisée. Elle s’impose. Si la République est exigeante, la démocratie insatiable de perfection citoyenne, la constitution est sacrée ! Elle symbolise l’unité unanime d’un peuple souverain autour d’un « vouloir-vivre collectif ». Elle est notre liberté. « Toute société dans laquelle la garantie des Droits n’est pas assurée, ni la séparation des Pouvoirs déterminée, n’a point de Constitution »2. Dés lors, elle ne saurait être réduite à une insidieuse imposture dont nous serions tous anonymement complices. Dans le silence et l’indifférence résonnent le consentement et l’approbation. Aujourd’hui, nous avons le devoir de permettre à notre constitution de retrouver sa force et sa dignité. Pendant trop longtemps le pouvoir politique s’en est émancipé, au détriment de la transparence et de la vérité politique. L’absence de rigueur républicaine et de discernement démocratique a déjà conduit notre peuple au chaos et à l’abîme. N’y revenons plus. Avec cette réforme attendue, notre Loi Fondamentale correspondra mieux aux véritables usages et traditions qui animent nos institutions, et épousera avec plus de justesse l’esprit profond de notre République. Le tout, sous l’auspice des exigences contemporaines d’un idéal appelé « Démocratie ». C’est le lourd tribut pour une France rayonnante dans le monde et fidèle à sa tradition séculaire : guider les peuples, éprouvés par le destin et les tumultes de l’Histoire, sur le chemin de l’espérance et de la paix. Seul l’exemple est source de légitimité sur la scène internationale. Seule la droiture est exemplaire.
L'ère du changement est imminente. Elle est à nos portes. Toutefois, quels que soient les événements, restons fidèles et loyaux à celui qui murmura pour l’éternité : « la France nous vient du fond des âges. Elle vit. Les siècles l’appellent. Mais elle demeure elle-même au long du temps »3. Nous lui devons encore tellement !

1 Portalis, Discours préliminaire sur le projet de code civil, 1804
2 Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, article 16, 26 août 1789
3 Charles De Gaulle, Mémoires d’espoir, 1972
D D, 22 ans



